La faune

 Si la tourbière dévoile assez facilement sa flore précieuse, il en est autrement de la faune qu’elle abrite et dissimule dans son manteau de sphaignes ou entre ses touradons de laîches. Parfois quelques chevreuils se laissent surprendre le soir, ou lors des chaudes journées des libellules étonnent par leur vol acrobatique, mais le plus souvent ce n’est que par de longs affuts que l’on découvre la richesse faunistique de la tourbière.

Les libellules justement, tels des drones miniaturisés aux trajectoires erratiques, poursuivent leurs proies avant de se poser….

Toutes les libellules ci-dessus font partie des espèces déterminantes du « Plateau » qu’il s’agit de protéger.

Histoire de libélulles.

« Elles étaient si bien, dans le fond de l’étang, les petites larves. Elles formaient un groupe de trois amies, inséparables. Elles n’étaient pas les seules, bien sûr, il y en avait d’autres. Elles avaient d’ailleurs remarqué que, de temps en temps, certaines quittaient l’étang, s’élevant et disparaissant à tout jamais. Que leur arrivait-il donc ? Parlant de tout cela, nos trois amies se firent l’une à l’autre la promesse que, si un jour cela leur arrivait, elles feraient signe aux autres pour les informer de ce qui se passe là-haut.

Et ce jour arriva. L’une d’entre elles s’éleva, s’éleva… Elle tomba dans un profond sommeil et lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle découvrit un monde merveilleux : soleil, arbres, fleurs.. Elle avait quitté l’étang. Et quelles transformations en elle ! Elle avait même des ailes toutes transparentes. Elle qui, jusque-là, n’avait fait que nager entre deux eaux pouvait maintenant voler en plein ciel. Après ce moment d’immense joie, elle se souvint de sa promesse. Elle voulut faire signe à ses amies. Avec sa petite tête, elle fit des ronds sur l’eau, comme si des gouttelettes tombaient à la surface. Les amies du fond de la mare les remarquèrent. «Que se passe-t-il donc ? Il ne pleut pas, et pourtant, il y a les petits cercles… » Notre amie, voyant qu’elle n’était pas comprise, essaya une autre technique : elle se mit à cueillir des feuilles et les sema à la surface. « Tiens, voilà maintenant des feuilles qui tombent, et ce n’est pas encore l’automne… » Comment donc communiquer si aucun des signes n’est compris ? se demande notre évadée. Fallait-il qu’elle plonge elle-même ? Mais ses copines larves n’avaient jamais vu une libellule. Elle n’aurait pas cru que c’était l’ancienne larve qui leur rendait visite.
Décidément, il n’est pas facile de parler aux autres d’un lieu où ils n’ont pas encore été. Il faudra donc que ses amies attendent leur propre transformation pour comprendre. »

Quelques papillons aussi célèbres que rares, ou célèbres parce que rares, vont, insouciants du destin de leur espèce, butiner de fleurs en fleurs. Ils portent des noms aussi poétiques que: nacré de la canneberge, petit collier argenté, fadet des tourbières, damier noir.

Les tourbières sont fréquentées par des espèces variées d’oiseaux parmi lesquelles les passereaux sont les plus représentés. Ainsi, le pitpit farlouse installe son nid à l’abri d’une touffe de molinie ou de callune et trouvera dans le voisinage une pitance abondante. D’autres variétés sont à découvrir (ci-dessous) dont le coucou perché dans un pommier sauvage en fleurs à la lisière de la tourbière.

Il est des mammifères plus difficiles à observer, comme le petit muscardin ou la tribu de putois. De même, une rencontre avec la vipère péliade est plus qu’improbable et ne doit pas dissuader l’exploration de la tourbière (toujours dans la respect du lieu).

Plus facile à repérer, le lézard vivipare qui a su parfaitement s’adapter au froid qui règne le plus souvent dans les milieux tourbeux. Les reptiles n’ont pas le sang chaud et la température de leur corps s’adapte à la température extérieure. Ils risquent donc en hiver tout simplement de geler, et pour échapper à la congélation, le lézard vivipare produit un antigel qui lui permet de survivre lors de son hibernation. Une autre adaptation spécifique de ce petit reptile tient à son mode de reproduction. En effet, la plupart des serpents et des lézards pondent des œufs qui vont incuber le temps du développement des petits. La femelle du lézard vivipare conserve ses œufs dans son ventre jusqu’à ce que naissent les jeunes.

Et on n’oubliera pas quelques amphibiens : grenouilles, crapauds, tritons….